6 Heures/Récits de course

6 Heures des Yvelines – 31 mai 2014

La journée des « premières »

Ce samedi 31 mai 2014 est prévu de longue date et coché en gras dans mon agenda de coureur. Il marque un saut dans l’inconnue, une volonté de trouver des réponses à des préoccupations que peuvent avoir celles et ceux qui aiment courir longtemps : comment mon corps réagit-il après des heures et des heures d’effort ? Suis-je si fort que je le prétends parfois mentalement ? Qu’y-a-t’il après 42,195 km ?

Jusqu’alors, je n’ai jamais couru au-delà d’un marathon et plus de 4h15 (marathon de Paris 2010). Toujours passionné par cette distance après huit participations, j’aspire toutefois à découvrir un nouveau monde, celui de l’ultra-marathon. 6 heures, 12 heures, 24 heures, 100 km, 6 jours… Le choix est vaste mais s’impose pour un néophyte comme moi. Je serai à Millau, certes mais pas avant 2015. Pour l’heure, place à la première étape: les 6 heures des Yvelines 2014.

Parcours des 24h des Yvelines 2014

Parcours des 24h des Yvelines 2014

Cette course proposée par Nadine et toute l’équipe d’Ultra Passion offre, à tous les passionnés d’ultra, un parcours de 1,278 km tracé dans le hameau de Ste Gemme-Feucherolles à fouler pendant 6, 12 ou 24h, seul ou en relais. La bonne ambiance est garantie et les expériences passées de mes potes de la Team Laurent et Stéphane me confortent dans ce choix.

Je me suis beaucoup documenté avant de mettre en place la préparation et me fixer un objectif de distance. Les nombreux récits de courses et plans d’entraînement sont des mines d’or pour un débutant mais il convient de trouver la formule qui nous correspond, en sachant que le succès ne peut être assuré ! Après huit semaines de prépa au marathon de Paris et une semaine de relâche, j’opte finalement pour un menu sur sept semaines inspiré du plan marathon de Gérard Martin et adapté pour l’ultra par des lectures diverses, notamment celles trouvées sur le blog de Jean- Philippe.

Côté distance, je cible finalement la barre des 60 km sachant que je veux avant tout prendre un maximum de plaisir. Ce six heures est la première marche de mon parcours initiatique. Hors de question d’en sortir dégoûté et de ne plus vouloir y retourner par la suite ! Et puis, je ne serai pas le seul représentant de la Team Marathon Connection puisque Lolo et Stéph ont décidé de remettre le couvert cette année. Les 6 heures des Yvelines s’annoncent donc comme un grand moment de partage, fidèle à la tradition des coureurs d’ultra.

  • Le jour J

Le réveil sonne à 5h45. La nuit fut courte comme souvent avant une échéance importante mais j’ai stocké des heures de sommeil depuis deux semaines. Je me sens bien et j’ai hâte d’en découdre. Le paquetage étant prêt depuis la veille, j’ai une bonne heure devant moi pour la douche, le p’tit déj (gatosport, jus de mandarine et café) et les derniers préparatifs. Alors que tout le monde dort encore dans la maison – c’est en tout cas ce que je me dis pour me donner bonne conscience de n’avoir réveillé personne – je file à la voiture pour récupérer Lolo puis Stéph.

10308054_651826271563033_2169970312327039417_nLe trajet se passe sous un beau soleil annonciateur de températures élevées en cours de journée. Ce temps est vraiment plaisant mais il m’évoque de suite les crampes et la déshydratation ressenties lors du dernier marathon de Paris. Nous avons toutefois prévu notre ravito perso avec normalement ce qu’il faut en liquides. Pour moi, ce sera 8 gels-liquides sucrés, 12 bouteilles de 0.33cl d’Evian et 2 bouteilles de 0.50cl de St Yorre ; le tout posé sur une table de camping au bord du parcours. Le grand luxe facilité par cette petite boucle de 1,278 km à reproduire au moins 47 fois!

Arrivés sur les lieux vers 8h45 pour un départ fixé à 10h, nous avons tout notre temps pour récupérer le dossard, installer notre « stand » et passer la tenue de combat. Evidemment, nous nous abstiendrons de tout échauffement avant le coup de feu libérateur… Nous en profitons pour discuter un peu avec les coureurs et organisateurs, notamment Nadine, Francine, Jean-Luc, Sylvain et Didier. J’ai eu la chance quelques jours plus tôt de bénéficier de conseils avisés de ce dernier, une référence en matière d’ultra en plus d’être vraiment très sympathique. C’est d’ailleurs le cas de tous ces coureurs que j’ai le plaisir de croiser ici et là. Ce peloton est à la hauteur de sa réputation et je m’imprègne de toutes ces bonnes ondes positives à quelques minutes du départ.

IMG_456510h03, c’est parti…. dans la tranche basse de l’endurance fondamentale, à 5’30/km. Ca fait tout drôle de courir à cette allure en course mais c’est pour la bonne cause ! Stéph, qui n’a pas suivi de préparation spécifique et qui est là uniquement pour le plaisir, adopte la méthode Cyrano (alternance course-marche) et part pour son aventure sur un rythme plus élevé. Laurent et moi restons ensemble sur une stratégie semblable. Les premiers tours sont consacrés à la prise de repères. Je craignais un peu de vite m’ennuyer sur une boucle aussi courte, d’autant plus que j’ai décidé au dernier moment de courir sans musique. Mais ce hameau est très agréable et je ne ressens ni lassitude ni effet « hamster » en ce début d’épreuve. Le parcours est roulant et la seule vraie difficulté est une épingle suivie d’un faux plat montant Rue de la Chapelle à reproduire à x reprises.

Nous partageons quelques foulées avec Didier qui est quasi au même rythme que nous, à la différence près qu’il s’agit là de son allure 24 heures ! Francine est bien en place, également sur le format 24 heures. Après environ 50’ de course, nous sommes rejoints par notre Senrunner Pathé qui a fait le déplacement pour nous encourager et courir un peu avec nous. Finalement, ce sera sa sortie longue du week-end restant à nos côtés pendant près d’une heure et ½… J’avoue manquer d’un peu de concentration sur cette 1ère partie de course mais l’allure cible est peu ou prou respectée. 55’ au 10 kms puis 1H56 au semi.

10307169_707568422641377_1022859317490991360_nIl est maintenant midi et le soleil tape fort. Nous trouvons notre salut dans des éponges humides (merci Ludovic) que nous calons sous la casquette. Un pur instant de bonheur à chaque passage du stand! Côté ravito, je m’hydrate de façon régulière toutes les 1/2h et absorbe un gel liquide toutes les 45’. Avec cette ambiance, je préfèrerais un bon barbecue et une bière bien fraîche. Ce sera pour plus tard ! J’ai prévu des tucs mais je sais maintenant que je resterai au sucré et au liquide.

10299000_707568392641380_5152740987938582361_nIl est l’heure pour Pathé de prendre congé. Laurent et moi le remercions chaleureusement pour sa présence sur cette portion de course. C’est aussi à ce moment que chacun rentre dans sa bulle, prêt à vivre son aventure. Quelques dizaines de minutes plus tard, je passe le 30ème km en 2h44. Je me sens toujours aussi bien et j’ai parfois des difficultés à gérer des phases d’euphorie qui me font accélérer l’allure. Heureusement, j’ai programmé ma Suunto pour qu’elle bippe tous les 2 kms, à parcourir en 11’. Ce repère m’est bien utile pour ne pas trop m’éloigner de la cible et commettre une erreur que je paierais cher un peu plus tard.

Je suis à présent très concentré sur mon effort tout en saluant Stéph qui gère sa course « à l’expérience ». J’ai pris mes habitudes : les trajectoires à suivre, les éponges tous les 2 tours, l’eau toutes les 20’, les gels toutes les 45’, le coup d’œil sur l’écran de contrôle à chaque passage sur le tapis… Je remarque d’ailleurs que mon classement au scratch s’améliore. D’abord 13ème, puis 11ème et maintenant 9ème au passage du marathon en 3h54. Je ne suis pas forcément venu pour ça mais je sais que je ne serai pas loin d’un podium dans ma catégorie « sénior homme » si j’atteins mon objectif. Je cogite quelques instants mais je suis vite rattrapé par la réalité de la course. Je commence à ressentir une lourdeur dans les jambes alors que nous entamons le dernier tiers de l’épreuve. J’ouvre ma 1ère bouteille de St Yorre mais je baisse clairement de régime. Quelques instants plus tard, je marque le pas et marche pour la première fois depuis le début. Laurent, à qui j’avais pris un tour, me dédouble tout en m’encourageant. J’invoque par mauvaise foi une tentative de Cyrano mais c’est en réalité le mental qui lâche. Je n’ai ni crampes, ni blessures, ni douleurs particulières hormis celles liées à un effort continu de 4 heures. Non, rien de tout ça. C’est la tête qui flanche ! Chaque faux-plat ressemble à un col à franchir et le doute s’installe en moi. J’ai la sensation de ne pas être fait pour l’ultra, de ne pas en avoir les capacités. Pour autant, je ne pense pas une seconde à l’abandon. Comment donc se sortir de cette m…. ce dilemme ?

10366151_651826224896371_757506922211530944_nJe tente de garder Lolo à vue. Je sais qu’il ne lâchera rien, courageux et déterminé qu’il est. J’adopte, cette fois-ci pour de vrai, une alternance course/marche et franchis le 50ème km en 4H45. Je me sens cuit, archi cuit, à la hauteur des coups de soleil qui brûlent mes bras et mon cou. Tout débutant que je suis, j’ai évidemment omis de mettre de la crème solaire avant le départ… Cette 1/2h me semble durer une éternité alors que je décide de faire un point sur mon classement. 7ème au scratch et 2ème SEH. Quoi ? Comment ? Il reste 45’ de course et je suis virtuellement sur le podium de ma catégorie ? Certes, je ne cours pas pour ça mais quand même, ce serait vraiment la journée des « premières ». 1er ultra, 1er podium.

IMG_0719Le deal avec moi-même est dorénavant simple. Je veux vivre ces dernières minutes de la façon la plus intense possible. Et comme par magie, je retrouve la force de courir sans intermittence. Le mental a pris le pas sur le physique. Cette sensation est presque indescriptible tant elle est savoureuse et inattendue ! Et me voilà franchissant le 47ème tour et donc les 60 km. Sachant qu’un tour non terminé n’est pas comptabilisé, je sais à cet instant qu’il me reste 2 boucles à effectuer. Je profite pleinement de ces dernières foulées avant de franchir une dernière fois le tapis, 5h58’08 après le coup de feu du matin. Distance officielle parcourue : 62,6 km.

  • Le bilan

Place au général : 7/59

Place catégorie SEH : 2/5

Allure moyenne : 5’45/km

Vitesse moyenne : 10,43 km/h

IMG_0739L’émotion est forte. Avec mes deux compères, nous avons atteint l’objectif fixé de 180 bornes à nous trois. Mais au delà des chiffres, nous avons vécu une grande journée de course à pied, de partage et d’amitié. A titre personnel, cette « première » a répondu à toutes mes attentes. J’ai ri, douté, lutté, appris et couru… beaucoup couru sans être totalement rassasié. Et quel pied j’ai pris ! Bref, les 100 km de Millau se sont approchés un peu plus aujourd’hui. Mais chaque chose en son temps… RDV est d’ores et déjà pris pour Feucherolles 2015. Merci à Nadine et toute son équipe pour l’organisation de ce fabuleux événement. Et merci à tous les circadiens pour leur sympathie et leur bonne humeur. Vive l’ultra !

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20 réflexions sur “6 Heures des Yvelines – 31 mai 2014

  1. ENORME BRAVO pour ce 1er Ultra !!! le podium est vraiment le dessert :-))
    Génial , ben continue…! tu veux que je dise quoi !!?? superbe ! :-))
    non non..je viendrai pas sur le prochain !!….vous n’allez pas m’embarquer dans cette galère….. MDRR

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