Marathons/Récits de course

Marathon de Paris – 6 avril 2014

mdp 2014Le marathon de Paris est, depuis mes débuts en course à pied en 2010, l’objectif prioritaire du 1er semestre de l’année. Pour cette édition 2014, j’ai suivi une préparation spécifique de 8 semaines au cours de laquelle j’ai établi une nouvelle marque sur semi en 1h28’48. La confiance et la forme allaient crescendo jusqu’à ce qu’un périoste récalcitrant décide de compliquer la fin de plan. Contraint au repos forcé pendant 3 jours, je suis les conseils avisés d’amis coureurs et, à base de massages au voltarène et de glaçage sur la zone douloureuse, retrouve un état satisfaisant pour m’aligner sur la distance reine. Même si je me sais en moins bonne forme que pour le marathon de la Rochelle en novembre dernier, je suis déjà bien content de pouvoir courir et mise tout sur le mental et l’état de fraicheur pour atteindre mon objectif du jour : descendre sous les 3h10.

  • Le jour J
Laurent, Renaud, Pathé et Pierre

Laurent, Renaud, Pathé et Pierre

J’ai rdv avec les potes de la Team Marathon Connection ce dimanche 6 avril. D’abord Lolo à 7h Gare de Lyon puis Pathé, Pierre et Dare à 7h30 station Victor Hugo. Nous sommes heureux et fiers de représenter nos couleurs sur ce parcours magnifique au cœur de la capitale. Côté météo, il fait vraiment bon, avec des températures bien supérieures aux normales saisonnières: 14°C et un soleil qui ne tarde pas à pointer le bout de son nez. Ca devrait donc encore monter au fur et à mesure de la matinée. Direction les consignes pour passer la tenue de combat puis c’est déjà l’heure de rejoindre les sas de départ. Après avoir salué mes frères d’armes, j’entre dans le sas 3h à 8h30 et y retrouve quelques visages connus. C’est mon 8ème marathon et pour la 1ère fois, je doute à quelques minutes du coup de feu. Peur de ne pas tenir la distance, peur que ma jambe gauche me lâche, peur de ne pouvoir respecter cette épreuve que j’aime tant… En sautillant, je ressens une secousse au niveau du tibia et me rends compte qu’il m’est impossible de prendre appui sur le médio-pied. Il me faudra donc talonner tout du long. Ce n’est pas une surprise puisque les dernières séances du plan ont été courues de cette façon suite à mon souci physique. Pas le choix !

– 0-5km : 22’29 (4’29/km) Position : 3612

8h45, départ des élites. Du sas 3h, côté droit de la chaussée, je mets 4’ pour franchir la ligne. Je profite de cette descente des Champs-Elysées pour adopter de suite l’allure cible, sans forcer. Les sensations sont moyennes mais je n’ai pas mal. C’est un bon point. Pour autant, je n’arrive pas à rentrer dans la course, à apprécier pleinement ces instants magiques, trop concentré à chercher la bonne cadence avec cette foulée que je ne maîtrise pas. Rivoli nous conduit vers le 1er passage à la Bastille. C’est l’heure du 1er ravito et je suis déjà en sueur. Le soleil tape fort et il ne faudra pas manquer de se réhydrater au risque de prendre cher dans quelques dizaines de minutes.

– 6-10km : 22’31 (4’30/km)

La côte de Reuilly passe sans encombre. Sur cette portion alternant faux plats montants et descendants, je peine à être régulier. En revanche, le souffle est bon et le plaisir de figurer parmi ce peloton arrive enfin. C’est pas trop tôt ! Le passage de la Porte Dorée annonce l’arrivée sur un terrain de jeu bien connu par bon nombre d’entre nous, le Bois de Vincennes. Passage au 10K : 45’00.

– 11-15km : 22’24 (4’28/km) Position : 3206

Jusque-là, tout va bien. Je suis dans les temps et j’ai surtout une grosse envie de courir maintenant, sur des routes empruntées presque tous les dimanches : St Maurice, Daumesnil, Pyramide. Je sais qu’après le coup de cul à donner sur Pesage, nous aurons droit à une grande phase de récup. Je me sens plutôt facile mais surpris par cette sensation de chaleur. Je profite de la moindre zone d’ombre ou d’un passage venteux pour me rafraîchir les idées. Passage au 15K : 1H07’24.

– 16-20km : 22’12 (4’26/km) Position : 3038

Nous voilà sur l’avenue de Gravelle et son long faux plat descendant. Je maîtrise mal la cadence et suis trop rapide. Pourtant, ce n’est pas comme si je ne connaissais pas le piège tendu. Les secondes gagnées à cet endroit peuvent être des minutes perdues dans le Bois de Boulogne. Je le sais mais j’ai la plus grande difficulté à dompter cette foulée talon qui me fait faire un peu n’importe quoi.

Crédit photo: Aline

Crédit photo: Aline

– 20-25km : 22’30 (4’30/km) Position : 2875

Passage au semi : 1h34’26. J’ai reçu quelques instants plus tôt les encouragements d’Aline et sa famille puis d’Ivan et mini Butchy. Ça fait plaisir ! Je suis pile dans la cible chronométrique à l’heure d’aborder la seconde moitié du tracé. Cette apparente ponctualité est en réalité faussée par une alternance quasi continue de kms lents puis de kms rapides. Heureusement que je ne suis pas meneur d’allures pour les potes aujourd’hui… Nous arrivons sur les Quais de Seine et entamons notre partie de toboggan. Passage au 25K : 1H52’06.

– 26-30km : 22’38 (4’31/km) Position : 2490

Je commence à doubler beaucoup de monde. C’est un peu tôt dans la course mais les défaillances sont déjà nombreuses. L’enchaînement des tunnels se passe plutôt bien et nous avons droit à une ambiance « boîte de nuit » dans le long tunnel des tuileries : noir quasi complet, jeu de lumières et musique à fond. Surprenant ! A l’assaut du dernier tiers de course, je retrouve Gianny et Roulio. Ils ont prévu de m’aider pendant près de 10 bornes. Je suis galvanisé par leur présence et sens que l’exploit est proche. Quelques minutes plus tard, je rejoins Jean-Pierre qui, malheureusement, est dans le dur. Nous l’encourageons mais je sens à sa voix que c’est compliqué. Passage au 30K : 2H14’44.

– 31-35km : 23’34 (4’42/km) Position : 2327

Crédit photo: Fatiha

Crédit photo: Fatiha

Le passage sur les Quais se termine au moment où les vraies difficultés commencent. La remontée dans le XVIème arrondissement est un moment clé du parcours. Nous conservons l’allure sur Mirabeau et Molitor mais je paie assez brutalement l’effort aux environs du 33ème km, sur le Bd d’Auteuil. D’abord un début de crampes dans le mollet puis l’ischio, côté gauche. Je tente de relancer dans la côte du 35ème où j’entends Fatiha nous encourager. Je lui lance un signe pour la remercier mais je suis clairement au début des emmerdements… Passage au 35K : 2H38’18.

– 36-40km : 29’57 (5’59/km) Position : 3053

Avec Roulio. Crédit photo: Stéphane

Avec Roulio. Crédit photo: Stéphane

C’est la longue descente aux enfers qui s’annonce sur l’Avenue des Fortifications. Je tourne entre 5’03 et 5’30/km et je suis complètement déshydraté. Pourtant, on me chouchoute depuis le 30ème avec mes potes qui gèrent pour moi les ravitos. Mais rien n’y fait. Les crampes sont généralisées dans tous les muscles des deux jambes. Je ne sens même pas ma périostite. Comme convenu, Gianny fait demi-tour pour assurer des relais au reste de la Team. Roulio, lui, reste avec moi. J’ai la sensation d’un immense gâchis. Alors que je bénéficie d’une aide si précieuse pour aller chercher un énorme chrono, je suis au bord de tomber à chaque foulée. Dans un semblant de lucidité, je décide de me décaler sur le côté droit de la chaussée pour ne gêner personne. Et ce qui devait arriver arriva : je m’arrête au cœur du Bois de Boulogne aux environs du 37ème km. Je n’en peux plus et pourtant je repars aussitôt. La tête a pris le relais et c’est au mental que j’essaie de m’accrocher. Je hurle… puis m’arrête à nouveau… puis repars… puis hurle à nouveau. Un cycle dont je me serais bien passé ! Le meneur d’allures 3h15 et son groupe passent devant nous. J’ai l’impression que c’est la tête de course tellement ça semble aller vite. Passage au 40K : 3H08’15 

– 41-42.195km : 11’07 (5’03/km) Position : 3010

Crédit photo: Stéphane

Crédit photo: Stéphane

Gui vient de me doubler. Mais il semble à la peine lui aussi. Je lance le lasso pour me coller à lui et combattre ensemble les derniers hectomètres. Roulio ne me lâche pas d’un centimètre. Depuis ce 28ème km, il est à mes côtés. Je sais que seul un officiel pourra nous séparer. L’émotion est forte. Je m’excuse de mon état auprès de lui puis relance. A partir de ce 40ème km, je ne m’arrêterai plus. C’est décidé. Je n’écoute plus rien de mon corps. Je cours,

point barre. La fin est trop proche pour craquer maintenant. Christophe et Stéphane de la Team sont également là, en soutien. Nous sortons du bois, direction l’Avenue Foch… Au sprint à 12km/h, je franchis la ligne. Temps final : 3H19’22.

 

  • Le bilan

Place au général : 3010/39115

Place catégorie SEH : 1478/13591

Allure moyenne : 4’43/km

Vitesse moyenne : 12,70 km/h

Positive split : +10’30 (1er semi : 1h34’26 / 2ème semi : 1h44’56)

Médaille 24- MDP 2014Une dizaine de minutes de plus que l’objectif, la déception est grande. Pour autant, sans me satisfaire de ce résultat, je ne pouvais probablement pas mieux espérer aujourd’hui. Je n’avais tout simplement pas la distance dans les jambes. A froid, je pense avoir quelques pistes qui, à défaut de justifier cette contreperformance, sont des enseignements à tirer pour les prochains rdv avec l’épreuve reine :

– Le poids : je n’ai pas réussi à atteindre mon poids de forme au cours de la prépa.

– Le choix des chaussures : avec les Saucony Cortana 3, j’avais la chaussure idéale pour courir léger et médio-pied puis gérer l’attaque talon liée à la fatigue de la fin de course. Testées et approuvées au marathon de la Rochelle. Aujourd’hui, avec mes kilos en trop et une foulée talon dès la ligne de départ, elles ne m’ont pas beaucoup aidé. Et ce ne sont pas mes genoux qui diront le contraire.

– La déshydratation : c’est la 1ère fois que je cours un marathon sous cette « chaleur ». Je me suis pourtant bien ravitaillé mais force est de constater que j’ai vite souffert à ce niveau-là. A voir donc comment remédier à ce problème pour les prochaines échéances

– La périostite : elle ne m’a pas gêné du tout pendant la course. Les seules conséquences négatives sont le repos forcé en fin de prépa et la modification imposée de la foulée avec laquelle je n’ai pu maintenir une allure et une cadence régulières

– Un jour sans ? Il y a certainement aussi un peu de ça. C’est ce qui rend chaque marathon tellement unique. Malgré la souffrance du moment, je crois que j’aime encore plus cette distance aujourd’hui. Battu mais pas abattu.

Je tire mon chapeau à Lolo, Pathé, Pierre, Dare, Gui et Math pour leurs magnifiques performances et remercie chaleureusement tous les ami(e)s présents sur le parcours ou les réseaux. Vos encouragements ont été précieux. Un immense merci à Gianny et Roulio pour m’avoir quasiment porté alors que je n’avançais plus. L’esprit Team était bien là. La course à pied est aussi un sport collectif…

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20 réflexions sur “Marathon de Paris – 6 avril 2014

  1. Bravo a toi Renaud !
    Ne sois pas déçu ! Tu as assuré … Quand je t ai vu au 35eme j’ai compris que « ouille »
    Mais tu as franchis la ligne …ce n’est pas rien !
    Bonne recup et suite au prochain épisode 😉

  2. Très beau récit Renaud. Pour une fois, exceptionnellement, le résultat n’est pas à la hauteur de ce que tu souhaitais mais il reste très beau malgré tout ! D’abord, tu as été au bout et ce n’est pas rien dans ces conditions, et puis moins de 3h20, c’est fort ! Moi je te tire mon chapeau et te dis un grand bravo. Bonne récup l’ami et à très vite.

  3. J’aime ton rapport avec le marathon Renaud … Comme si finalement il était plus complice qu’adversaire. Je te tire mon chapeau, ce n’était vraiment pas gagné compte tenu de tes 10 derniers jours, mais tu as été au bout de toi, et rien que pour ça tu mérites toutes mes félicitations. Récupères bien 😉 A bientôt

  4. Un très beau recit! Comme tu le dis souvent il n’est pas possible de savoir ce qu’il va se passer sur une telle course. Tu as joué ta carte a fond en tout cas! Merci pour le partage d’expérience. Merci également pour tous les conseils, les encouragements (a titre perso j’ai pris chère en début de prepa..) et les séances communes. Ton prochain marathon sera grandiose! J’en suis sur..

    • On se sera bien amusé pendant 8 semaines ! Pour toi, ça a payé. Une juste récompense… Mais tu verras, il nous reste encore un paquet de kms à partager sur nos terrains de jeu. Encore bravo B’.

  5. Ca ne marche pas à tous les coups mais tu t’es arraché comme un malade pour réussir malgré tout à t’en tirer avec un superbe chrono certes loin de tes espérances mais il aurait été trop facile d’abandonner.
    Respect pour ton courage et ta volonté et je pense savoir de quoi je parle sur Marathon.
    Tu auras bien d’autres occasions de faire un sub 3h10′ c’est sûr!

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